Portrait de Gerard Damiano

Portrait de Gerard Damiano

Le Kubrick du porno n’est plus depuis le 25 octobre 2008. Hommage lui avait déjà été rendu dans le numéro 214 du magazine (via la plume de Pierre Cavalier), mais ce n’est pas une raison pour ne pas revenir sur la carrière de Damiano, un des réalisateurs qui a offert au hardcore ses lettres de noblesse.


Gerard Damiano, né le 4 août 1928, est considéré comme un des plus grands artistes du porno. Une réputation qui n’est pas usurpée, compte-tenu du degré d’excellence (technique, scénaristique, …) caractérisant ses œuvres. Jerry - pour les intimes - a toujours voulu transcender le hard en l’élevant à un niveau supérieur, prouvant à qui en douterait encore que les films pour adultes sont du vrai cinéma. Du moins, quand la vision de l’auteur derrière la caméra s’avère forte et convaincante, autant qu’appuyée par une esthétique travaillée et/ou une trame narrative solide.

 

 

 

Gerard Damiano dans le désert de Palm Springs

Gerard Damiano dans le désert de Palm Springs


 

Damiano, ex-garçon coiffeur (une période qui l’inspira dans sa représentation du désir féminin), reste pour beaucoup l’homme derrière le sulfureux Gorge profonde (alias Deep Throat), sorti en 1972 et au succès insolent (on parle de 600 millions de dollars en 30 ans de carrière…). Des recettes dont il ne touchera presque rien, l’œuvre ayant été financée par des fonds mafieux. A ce sujet, interrogé dans le documentaire Inside Deep Throat, il murmurera qu’il ne veut pas en parler, ne désirant pas « se faire casser les jambes. »

 

Gorge profonde propulsa la carrière de la starlette Linda Lovelace, alors managée par l’ambigu Chuck Traynor (qui s’occupera par la suite de la destinée de Marilyn Chambers). L’héroïne de cette comédie porno est atteinte d’une malformation physique farfelue, vu que… son clitoris se situe dans sa gorge ! Un médecin compatissant (le truculent Harry Reems) l’aidera à atteindre le plaisir, l’actrice gratifiant le public d’une prouesse buccale marquante, qui donna son titre au film.

 

 

Affiche de Gorge profonde (Deep Throat)

Affiche de Gorge profonde (Deep Throat)


 

Jerry enchaîna la même année avec le réjouissant Meatball, une nouvelle porn comedy en milieu médical, dotée d’un casting plaisant (dont Tina Russell et le fidèle Harry Reems). Jusqu’à l’orée des années 90, le réalisateur enquilla une série importante d’œuvres-phares, dont le révéré The Devil in Miss Jones (L’Enfer pour Miss Jones, 1973).

 

Georgina Spelvin y incarne Justine (prénom sadien par excellence), fraichement suicidée sans avoir cédé aux joies de la chair, et qui se voit offrir au Purgatoire l’opportunité de retourner sur Terre durant un court laps de temps, histoire de pallier à ce manque. L’œuvre, d’une éclatante beauté, dévoile une poignée de scènes en état de grâce (l’initiation de l’héroïne  à la fellation par le spécialiste Harry Reems, ce serpent avalé, la DP de Justine, éclaboussant ses partenaires de son ardeur dévorante, …). The Devil in Miss Jones n’est rien de moins qu’un jalon du porno, le signe de son passage à l’âge adulte.

 

 

Cinéma de quartier projetant Deep Throat et The Devil in Miss Jones

Cinéma de quartier projetant Deep Throat et The Devil in Miss Jones

 

L’artiste signera par la suite d’autres chefs-d’œuvre du genre, tels le troublant Memories Within Miss Aggie (Psychose et phantasmes sexuels de Miss Aggie, 1974), le film choral Odyssey : The Ultimate Trip (1977) - dont les divers segments s’attachent à percer la libido des personnages, l’autobiographique - et méta - Skin-Flicks (un réalisateur baignant dans le hard espère rencontrer le succès, mais s’expose à des démêlés avec la mafia), ou encore l’étonnant The Satisfiers of Alpha Blue (1980), orchestrant le mariage du porno et de la science-fiction. A ranger auprès de l’O.F.N.I. Café Flesh (Stephen Sayadian, 1982), Alpha Blue nous parle d’une planète pensée pour les vacanciers interstellaires, où leurs moindres désirs sexuels sont assouvis par un ordinateur. Ce qui déclenche l’ire de dissidents prônant la baise au naturel…

 

Rattrapé par les contraintes du marché vidéo et ses producteurs aux inclinaisons mercantiles, Gerard Damiano signa jusqu'en 1994 toute une série de produits dispensables, dont Manbait (1991) et La Déesse nue (The Naked Goddess, 1992). Des œuvres mettant pour la plupart en lumière l’égérie de sa dernière partie de carrière : la craquante italienne Moana Pozzi.

 

 

Affiche de The Story of Joanna

Affiche de The Story of Joanna

 

Mais s’il ne devait en rester qu’un, ce serait le sublime The Story of Joanna (1975), où un Jamie Gillis délicieusement décadent - dans la peau d’un noble à la suavité torve - se charge de l’initiation d’une jeune fille pure, éprise de son charme déliquescent. Renvoyant immanquablement à l’univers du Divin Marquis et au roman Histoire d'O, le film est un joyau rare, techniquement somptueux et noyant la belle Terri Hall - aux grands yeux implorants - dans un océan de vice teinté de fétichisme.

 

Retrouvez les films de Gerard Damiano.



Par Alan Deprez pour HotVidéo.fr le

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